Le lycée professionnel scolarise un tiers des lycéen·nes du pays. Les statistiques sont implacables : en grande majorité, ce sont des élèves issu·es des milieux populaires. Habituellement, toute réforme affectant la voie professionnelle se fait dans l’indifférence générale. Ce fut le cas par exemple en 2019 lorsque, déjà, les enseignements généraux y furent réduits d’un tiers.
Cette fois, la réforme prévue a fait davantage parler, car Emmanuel Macron a décidé d’en faire l’un des fers de lance de sa communication « des cents jours ». Les effets d’annonce sont clinquants : l’Etat rémunérera les stages des élèves, les offres de formations seront déterminées en fonction des demandes des bassins d’emplois, certaines filières jugées non insérables seront fermées dès la rentrée 2023… Des annonces, des buldozers, la Macronie dans toute sa splendeur !
Peu habituée aux problématiques spécifiques de l’enseignement professionnel, la société peine à voir les enjeux de cette réforme. Il s’agit pourtant d’une remise en cause du droit à l’éducation d’une grande partie des jeunes de ce pays. S’il est normal de rémunérer des élèves qui travaillent en entreprises, on comprend mal en effet pourquoi cela relèverait de l’Etat, sauf à y voir un énième cadeau aux entreprises dont on sait qu’elles avaient mal accueilli l’idée préalable de devoir financer une augmentation du temps de stage des lycéen-ne-s professionnel-le-s.
Par ailleurs, assumer que l’offre ne soit déterminée que localement assigne à résidence géographique des jeunes dont il faudrait à l’inverse favoriser la mobilité nationale et internationale. C’est admettre également que le curriculum scolaire (ce qui doit être enseigné) est désormais décidé par le marché.
Toute aussi grave est la quasi-impossibilité qu’auront les jeunes à poursuivre leurs études dans le supérieur. Parcoursup réduisait déjà…
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Auteur: Laurence De Cock

