Beyrouth (Liban), correspondance
Au printemps, les collines du Sud-Liban se recouvrent de fleurs entre les oliveraies et les vergers, tandis que les montagnes alentour restent parées de neige. Les oiseaux chantent à Rachaya el-Fokhar, vieux village en pierre connu pour sa poterie artisanale. Mais des explosions résonnent au loin, des sons de tirs de mortiers et d’artillerie, alors que les combats font rage de l’autre côté de la vallée : la ville de Khiam est encerclée par l’armée israélienne, qui tente de s’en emparer. Le Hezbollah lui oppose une résistance acharnée, alors que les combats durent depuis plus d’une semaine.
« De nuit comme de jour, on peut voir les tanks israéliens contourner la colline et monter à l’assaut, et les sons de la bataille continuent sans interruption », témoigne Marwan Abdallah du haut de son balcon, qui surplombe toute la vallée. L’agriculteur d’une cinquantaine d’années montre du doigt un patchwork d’oliviers et un corps de ferme, à quelques kilomètres en contrebas. « C’est ma terre, j’ai 30 dunums [30 000 m2] d’olives et 3 000 poulets. Mais ils se situent juste à côté de la ligne de front. Il y a eu des bombardements à proximité rien que ce matin », soupire-t-il.
Pour lui, pas question d’y retourner tant que les combats continuent. « Si on y va, on va directement se faire tirer dessus des deux côtés. Cela fait plus d’une semaine que je n’ai pas vu ma ferme, et tous mes ouvriers agricoles ont pris la fuite », dit-il, las de cette perte économique et du danger qui vient, une fois encore, saisir à la gorge cette vallée bucolique. Pourtant, l’agriculteur affirme vouloir rester. « Si nous quittons notre terre, celle où sont nés nos ancêtres et nos enfants, je ne sais pas si nous la reverrons un jour, ni qui prendra notre place », dit-il.
Les Libanais pris au piège
Depuis le 7 octobre 2023, les combats n’ont jamais cessé dans cette…
Auteur: Philippe Pernot

