La promesse initiale d’Emmanuel Macron était simple : dépasser les clivages, réconcilier un pays fracturé. Ne plus choisir entre efficacité économique et justice sociale, mais conjuguer les deux dans un « en même temps » présenté comme une synthèse audacieuse.
Tout juste dix ans après la naissance d’En marche, ce qui demeure n’est pas une synthèse, mais un déséquilibre durable : à force de vouloir tout occuper, le macronisme a vidé la politique de son sens et affaibli les fondations mêmes du débat public. Le pouvoir prétendait neutraliser les oppositions ; il a déplacé le centre de gravité du débat.
Ce déplacement ne s’est pas fait vers un compromis, mais vers une normalisation de thèmes longtemps cantonnés à l’extrême droite. Le « dépassement » s’est transformé en glissement. L’utopie sociale est devenue irréaliste, les réponses autoritaires crédibles.
Ce vide stratégique alimente la radicalisation et fragilise la démocratie.
La montée de l’extrême droite n’est pas un accident. Elle prospère sur un terrain que le macronisme a contribué à redessiner, validant ses cadres : obsession identitaire, suspicion envers les corps intermédiaires, réformes sécuritaires et liberticides, mise en concurrence des plus fragiles. Quand le pouvoir participe de la fabrique de la peur, pourquoi l’électeur préférerait-il la copie à l’original ?
Les promesses sociales ont fondu dans les arbitrages budgétaires. La théorie du ruissellement a consacré l’entreprise comme horizon incontournable ; les autres attendent. Résultat : plus d’inégalités – la France se classe désormais au 17e rang des pays européens en termes d’égalité –, un ascenseur social grippé, la défiance comme norme.
Une politique dépolitisée
La politique s’est dépolitisée : les enjeux majeurs sont évacués et le débat public…
Auteur: Pierre Jacquemain

