Mais quelqu'un va-t-il enfin le dire ?

À contre-pied du serment de ne jamais utiliser l’IA publié cette semaine, Pablo Durán replace la polémique autour de C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien dans une histoire plus large de la littérature, c’est-à-dire l’histoire de sa maîtrise par la culture bourgeoise.

Le recours aux drogues, au hasard, à l’automatisme, au montage, au cut-up, à la divination, à la transe, à l’enregistrement pur et simple de ce qui arrive, au dérèglement des sens, à la manie, à l’ascèse, à l’isolement monacal, à l’écoute des rêves, à la répétition obsessionnelle des mêmes gestes et des mêmes horaires, bref, à tout ce que la vie propose et offre pour conjurer l’angoisse d’une phrase qui avance sur la page sans que l’on soit certain d’en être l’auteur ni où elle nous mènera, et peut-être même avec le désir secret qu’elle nous échappe et que l’imprévu surgisse, et avec lui la beauté, ne peut être tu qu’à la faveur d’une censure dont tous les écrivains semblent devenus complices. Pourquoi ce silence, pourquoi cette trahison de tous les livres lus et aimés ?

Les techniques d’écriture ont fait leur entrée dans la poésie et la littérature modernes en remettant en cause les notions d’intériorité, d’intentionnalité et de maîtrise au sein d’une culture bourgeoise valorisant un savoir-faire ne s’autorisant aucun risque vécu, contrairement aux poètes et aux artistes du passé qu’elle célébrait. Un poète se vit en effet comme tel avant même qu’une société quelconque le désigne ou le reconnaisse dans ce vocable. Un auteur de roman de même : il n’a besoin d’aucune caution sociale pour s’autoriser à écrire comme il l’entend, simplement à briser en lui-même la loi qui l’assigne à obéir. C’est pourquoi quelqu’un qui écrit fait toujours l’épreuve de son propre destin dans l’écriture elle-même, et plus encore dans le fait de voir ce qu’il écrit…

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Auteur: dev