Maître de conférences en civilisation britannique à l’université Paris Ouest Nanterre, Thierry Labica est un fin observateur de la vie politique outre-Manche. Parmi ses derniers ouvrages : L’hypothèse Jeremy Corbyn: Une histoire politique et sociale de la Grande Bretagne depuis Tony Blair (éd. Démopolis, 2019), avec une préface de Ken Loach.
Beaucoup de commentateurs en France ont analysé la chute de Keir Starmer comme une prolongation de l’instabilité du Brexit, qui a eu lieu il y a exactement dix ans. Partagez-vous une telle analyse ?
Je pense que c’est un présupposé complètement erroné. On pouvait dire que toute la campagne de 2019, l’élection de Boris Johnson et la défaite du Labour en 2019 étaient entièrement centrées sur le Brexit. Johnson avait fait campagne pendant des mois sur « Get Brexit Done ». Mais si on se demande à quel moment il a été question du Brexit dans la fragilisation du mandat de Starmer depuis juin 2024 et sa prise de fonction, on ne trouve rien.
La victoire de Starmer fut en trompe-l’œil avec un taux de participation historiquement bas
En fait, en l’espace de dix ans, il y a eu sept premiers ministres en Grande-Bretagne. C’est-à-dire qu’en dix ans, depuis 2016, il y a eu plus de premiers ministres en Grande-Bretagne que dans les quarante années avant 2016 (en comptant le successeur de Starmer). C’est un moment de fragilisation politique, d’instabilité institutionnelle, avec des aspects constitutionnels, dans lesquels le Brexit a à un moment joué un rôle : dans la démission de Cameron, dans la démission de Theresa May, dans la victoire de Johnson en 2019. Mais il ne peut pas expliquer la situation politique actuelle. Il faut chercher ailleurs les raisons de cette délégitimation des partis au pouvoir.
Quelles sont-elles alors, selon vous ?
En juillet 2024, Keir Starmer a remporté haut la main les élections, avec un…
Auteur: Olivier Doubre

