Chercheur en sciences politiques, Malcom Ferdinand explore les articulations entre les questions politiques, l’histoire coloniale et les enjeux d’une préservation écologique du monde. Il vient de publier S’aimer la Terre — Défaire l’habiter colonial (éd. Seuil), sur la pollution de la Martinique et de la Guadeloupe au chlordécone et les manières coloniales d’habiter la Terre.
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Reporterre — Vous publiez un livre sur la pollution de la Martinique et de la Guadeloupe au chlordécone. En quoi l’histoire de cet insecticide a-t-elle percuté celle des Martiniquais et des Guadeloupéens ?
Malcom Ferdinand — Cet insecticide, fabriqué aux États-Unis dans les années 1950, a notamment été utilisé aux Antilles dans les années 1970-1990 : officiellement pour lutter contre le charançon du bananier [l’un des principaux ravageurs de bananiers] ; en fait pour renforcer le capitalisme bananier. Cela a causé une contamination avec trois caractéristiques principales : elle est durable, avec une rémanence allant de plusieurs dizaines d’années à plusieurs siècles ; elle est généralisée, car on retrouve du chlordécone dans l’ensemble des écosystèmes et, a fortiori, dans les corps des Antillais.
Enfin, et c’est la raison pour laquelle cette molécule pose encore problème aujourd’hui malgré son interdiction [en 1993 en France] : l’exposition chronique à ce pesticide cause des problèmes de santé. Ceux-ci vont du retard de développement des enfants aux réductions des périodes de grossesse, en passant par l’augmentation des risques de développer un cancer de la prostate.
Vous dites que le charançon, cet insecte ravageur, a le droit de vivre. Pourquoi ?
Le charançon est le grand oublié de cette histoire. Nous avons développé un rapport violent à son égard : nous avons décidé que,…
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Auteur: Hervé Kempf , Mathieu Génon

