Malgré la guerre

Tomorrow is the best day of my life © Philip Frowein

La circulation des artistes internationaux, lorsqu’ils ne rentrent pas dans les cadres institutionnels ou dans le champ de l’industrie culturelle, est un parcours d’obstacles. Outre les problématiques de visas, de précarité financière, de mise en concurrence, ils sont aussi souvent réduits à l’invisibilité. Certaines scènes tentent de pérenniser des rencontres et des programmations d’œuvres pour sortir du carcan néolibéral et relier art et politique. C’est ainsi qu’après deux ans de pandémie, Tandem, la scène nationale de Douai et Arras que dirige Gilbert Langlois, reprend son parcours Face à la mer, qui présente les nouvelles générations de créateurs du Maghreb et du Moyen-Orient, avec pour thème « Liban-Palestine ». Yara Bou Nassar en a ouvert le cycle, le 22 novembre, avec Tomorrow is the best day of my life (Demain est le meilleur jour de ma vie). Performeuse, metteuse en scène et autrice libanaise, elle s’intéresse au langage du corps dans la sphère publique et dans l’espace privé et s’interroge sur la construction des identités. Dans un texte très personnel et drôle, elle convoque ses souvenirs d’enfance, sa propre histoire mêlée à celle d’un personnage de fiction, Norma, qui pourrait ressembler à une Alice cherchant à traverser le miroir. Elle en démultiplie la voix, portée par trois autres acteurs, Hanane El-Dirani, Paed Conca (qui compose également la musique du spectacle) et Elie Youssef.

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Tomorrow is the best day of my life © Philip Frowein

Au plateau, des voiles délimitent une pièce qui pourrait aussi bien être une chambre qu’une cellule, riche d’un unique fauteuil. Yara va y explorer l’espace, le mouvement et l’apesanteur en toute liberté, sans chercher la graphie d’un geste mais la pulsion intérieure qui le fait naître. En fond de scène, des images vidéo, celles des archives familiales de l’artiste. Yara enfant, joyeuse, traverse les pièces de la maison, elle mange des bonbons, joue avec son frère, à peine plus grand. Ses parents forment un couple jeune et heureux. On ne perçoit pas l’inquiétude. Ni l’enfermement. Les images ont pourtant été prises en pleine guerre civile libanaise, au moment de l’invasion israélienne de Beyrouth. La subtile scénographie de Laura Knusel et l’accompagnement chorégraphique de Khouloud Yassine parviennent à restituer l’espace personnel et mémoriel de Norma-Yara dans une relation dialectique,…

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Auteur: Marina Da Silva