Malgré sa dépendance au gaz russe, l'Allemagne suspend le gazoduc Nord Stream 2

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Berlin (Allemagne), correspondance

Le plus grand projet fossile d’Europe verra-t-il le jour ? La mise en service du gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne a été gelée mardi 22 février par Berlin. La décision intervient dans le cadre des sanctions visant Moscou après que le président russe Vladimir Poutine a reconnu l’indépendance de deux provinces ukrainiennes prorusses. « Nous ne pourrons pas accepter cette reconnaissance, c’est pourquoi il est si important de réagir maintenant et rapidement », a expliqué le chancelier allemand Olaf Scholz en conférence de presse.

Propriété de la compagnie russe Gazprom, Nord Stream 2 relie l’ouest de la Russie au nord de l’Allemagne par un tuyau sous-marin en mer Baltique, long de 1 230 kilomètres. Achevé l’automne dernier, le gazoduc attendait toujours le feu vert des autorités pour commencer son exploitation. Celles-ci ont annoncé que l’examen du dossier de certification n’interviendrait que dans plusieurs semaines, en prenant en compte « la nouvelle situation géopolitique et l’escalade militaire dans l’est de l’Ukraine ». L’avenir de Nord Stream 2 est désormais entre les mains de l’écologiste Robert Habeck, ministre de l’Économie et de la Protection du climat, opposant de longue date au projet. Ce sont ses services qui superviseront l’examen du dossier.

« Le cheval de Troie de la Russie »

La décision allemande de stopper Nord Stream 2 n’a rien d’anodin. Il y a quelques mois encore, le chancelier Olaf Scholz le décrivait comme « purement privé » et refusait de le mettre dans la balance face au bellicisme de Vladimir Poutine en Ukraine. Olaf Scholz se plaçait alors dans les pas de ses prédécesseurs, aux liens parfois encombrants avec Gazprom : le social-démocrate Gerhard Schröder, ami du président russe, préside aujourd’hui le conseil d’administration de Nord Stream 2 AG. La conservatrice Angela Merkel avait, elle aussi, soutenu le projet contre vents et marées : le gazoduc faisait partie de sa stratégie « Wandel durch Handel » (« le changement par le commerce »), par laquelle elle espérait générer une libéralisation politique de la Russie en intensifiant les échanges commerciaux.

La position d’Olaf Scholz était devenue de plus en plus intenable. Sur un plan géopolitique d’abord, alors que les États-Unis et les pays de l’est de l’Europe mettaient en garde contre « le cheval de Troie de la Russie », qui rendrait l’Union européenne totalement dépendante…

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Auteur: Violette Bonnebas (Reporterre) Reporterre