Mardi 18 mai, 15 h 40, aéroport Roissy-Charles de Gaulle (Val-d’Oise) : décollage du premier vol long-courrier reliant Paris à Montréal, alimenté partiellement avec un carburant à base d’huiles de cuisson usagées. « Un symbole », selon Augustin de Romanet, directeur général du groupe ADP (ex-Aéroports de Paris). Un projet « un peu fou », pour le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari. « Décarboner le transport aérien », s’est réjoui Patrick Pouyanné, le président de Total. « Levier majeur pour atteindre les objectifs de décarbonation du secteur aérien », ajoute Guillaume Faury, président-directeur général d’Airbus. Sauf que… ce n’est pas le cas.
✈️♻️ Heureux d’assister au 1er vol avec du carburant aérien durable « made in ?? » et produit par @Total ! Merci à @AirFranceKLM, @GroupeADP & @Airbus pour cette coopération « en filière » pour décarboner le transport aérien. @Djebbari_JB, #BenSmith, @AnneRigail & @Romanet. pic.twitter.com/8HOpSgtH0R
— Patrick Pouyanné (@PPouyanne) May 18, 2021
Il s’agit certes une première dans l’aviation civile en France, mais c’est une goutte d’huile de friture dans un océan de kérosène. Les réservoirs de l’avion ont été remplis d’un mélange de kérosène et de 16 % d’agrocarburant (SAF, sustainable aviation fuel). Ce dernier a été produit par Total sur le site d’Oudalle (Seine-Maritime) et dans la bioraffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône), à partir de déchets et d’huiles de cuisson usagées.
Ce biocarburant de deuxième génération présente un avantage : il peut être utilisé dans les moteurs existants, contrairement à d’autres technologies comme l’hydrogène. Parmi les carburants alternatifs, « l’huile de cuisson est un des plus vertueux », dit à Reporterre un chercheur de l’Atelier d’écologie politique de Toulouse (Atecopol), qui n’a pas souhaité être cité.
Cependant, l’utilisation de cet agrocarburant parait loin de pouvoir réduire significativement la pollution du secteur aérien.
Il n’y a pas assez d’huile de cuisson pour tous les avions
« Il n’y a tout simplement pas de gisements suffisants », affirme Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes au sein de l’association Canopée. D’après un rapport de l’USDA, le département de l’Agriculture des États-Unis, paru en mai 2021, environ 208 millions de tonnes d’huile végétale sont produites chaque année dans le monde. Près de 32 % de cette production se trouve sous forme d’huile…
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Auteur: Margaux Otter Reporterre

