Il est 17 h ce 17 octobre. Le hall de l’hôtel Korner de la place de la République a été transformé en centre d’accueil pour blessé·es. Deux soignant·es bénévoles, des street medics, les prennent en charge. Un jeune venu de Courneuve a le dos criblé de plaies. Des impacts de grenades de désencerclement, visiblement. Plus d’une dizaine au total. « C’est une grenade ou je sais pas quoi, elle a explosé juste à côté de moi. Avec un énorme boom, je n’entendais plus rien… Alors qu’on était en train de quitter la place pour rentrer chez nous » explique le blessé.
Son t-shirt a brûlé, une partie de son pantalon aussi. Il appelle sa mère : « Maman je te jure, tu vois mon dos. Ça pique de fou ! » Un de ses amis a aussi été atteint dans le dos. Une plus grosse entaille, qui va nécessiter plusieurs points de suture. Une dizaine de manifestant·es a été prise en charge. Les propriétaires de l’établissement ont demandé à leurs employé·es d’ouvrir les portes. L’un d’eux filtre les arrivées. « Seulement les blessés, s’il vous plaît. » Deux jeunes filles tentent de retrouver un peu de calme dans la salle des petits déjeuners. Un autre manifestant accueilli promet de mettre la meilleure note possible à cet hôtel, qui choisit d’accueillir plutôt que laisser les gens blessé·es dehors.
Cela ne va pas s’arrêter là, c’est certain.
Un soignant bénévole reçoit un message sur son téléphone. « C’est partout. » Et il énumère la longue liste des quartiers de Paris où d’autres street medics prennent en charge des blessé·es : Madeleine, Concorde, Sébastopol… Le jeune homme remet son sac de premiers secours sur le dos et s’enfonce dans la fumée noire. Juste devant, sur le boulevard de Magenta, les affrontements se poursuivent entre forces de l’ordre et des groupes plus ou moins organisés. Des détonations retentissent toutes les minutes : celles des grenades assourdissantes et des…
Auteur: Céline Martelet
