Un spectre hante l’école : le spectre du lumpen-scolétariat.
Toutes les puissances de l’ordre académique se sont liguées en un saint mépris contre ce spectre : le ministre et ses recteurs, les inspecteurs généraux et les concepteurs d’algorithmes, les maîtresses, les professeurs et leurs élèves eux-mêmes.
Le lumpen-scolétariat, ce ne sont pas seulement les élèves déçus ou recalés de Parcoursup, en attente ou en échec, les « élèves en difficulté », les « décrocheurs », ou l’élève moyen dont parlent les enquêtes d’acquis de l’OCDE. Le lumpen-scolétariat, c’est la sous-classe du système scolaire, composée d’élèves aux trajectoires erratiques, cet impétigo étoilé d’adolescents dont la maîtresse déjà disait d’eux petits qu’ils étaient ingérables, et dont toute la scolarité est découpée, en haillons. Ce sont les élèves que l’institution a tôt repérés comme inadaptés et perturbateurs, dont elle a sans pitié traduit le manque de capital scolaire en notes, dont elle a étiqueté les tares sociales en diagnostics psy et en dossiers numériques, qu’elle a réorientés dès la 5e, qu’elle a rejetés d’établissement en établissement : absentéistes, exclus par usure et par épuisement, ce sont ceux qui n’ont jamais su se tenir et tenir sur une chaise six ou sept heures par jour, qui « n’ont pas les codes », qui ne savent même pas tricher, qui sont depuis toujours hors du jeu du choix scolaire, des spécialités, des options, des filières et des algorithmes d’orientation.
La crise d’octobre 2026 est traversée par une ligne de fracture qui passe presque pour naturelle à une fausse conscience : c’est la séparation entre, d’un côté, le mouvement des lycéens et, de l’autre côté, les « casseurs » qui s’y mêlent, et dont une partie des lycéens eux-mêmes disent qu’ils discréditent les revendications légitimes de la jeunesse engagée dans les…
Auteur: dev
