La société de connexion lie ensemble tout ce qu’elle peut lier. Elle prétend par là-même dématérialiser les existences sociales – c’est son projet. Aussi n’y a-t-il pas de lutte des classes, même en période électorale. Nous sommes un certain nombre à nous en inquiéter.
I. Isolés et Relais
La société actuelle est une société de connexion. Sur la base d’une annihilation des liaisons les plus spontanées, elle construit des liens tous azimuts. Ainsi établit-elle des liens de sécurité et de performance économique, évidemment, mais aussi les liens de convivialité, d’amitié et d’amour – voire de parenté. Ces liens sont créés à son image : ce sont des liens portables et numériques, des liens encodés dont le code est précieux. Ces liens relèguent au second plan les matières entre lesquelles ils sont tissés, et servent la dématérialisation de l’existence sociale.
La société de connexion se nourrit en outre des liens qu’elle a constitués – elle les exploite. Les liens produisent en effet de l’information chaque fois que les membres qui y résident les actualisent pour leur propre compte. Les contenus des messages qu’ils s’envoient sont exploitables, mais portent déjà, par le seul fait d’exister, des informations utiles : toute action génère une trace qui vient nourrir les bases de « données » [1]. L’analyse de celles-ci permet de disposer d’informations plus utiles encore (par exemple la prédiction des conduites). Sous couvert de protection, d’équité, d’écologie, le recours à l’Intelligence Artificielle va considérablement augmenter cette exploitabilité des informations.
Une multitude d’objets participent activement à la construction et au renforcement de la société de connexion : cartes biométriques et GPS en tous genres pour les déplacements ; portes et volets, caméras et verrous, écrans et enceintes, terrasses et jardin pour la maison ; bracelets traqueurs d’activités, capteurs de sommeil, boites…
Auteur: dev

