Manifs et handicap, le long parcours du combattant

La dernière manifestation de Céline Extenso ? C’était à Nancy, contre la réforme des retraites. « Je limite mes participations car, en fauteuil roulant, je ne peux pas fuir facilement en cas de mouvement de foule ou de violences policières, raconte la militante, cofondatrice du collectif de lutte contre le validisme Les Dévalideuses. Sans parler des questions d’intendance : se déplacer en ville, avoir un auxiliaire de vie qui m’accompagne… »

Pour les personnes handicapées, rejoindre un cortège relève souvent du parcours du combattant. Premier obstacle, le transport. Elena Chamorro, enseignante et cofondatrice du Collectif Luttes et handicaps pour l’égalité et l’émancipation (Clhee), n’a pas manifesté depuis qu’elle est en fauteuil roulant. « J’habite Aix-en-Provence. Je pourrais me rendre à Marseille avec mon véhicule personnel, mais encore faudrait-il trouver une place de parking. Et les cars prévus par les syndicats pour acheminer mes collègues enseignants ne sont pas accessibles », regrette-t-elle.

Pour ceux qui ont réussi à les retrouver, les cortèges ne sont pas toujours accueillants. Et ce problème ne se limite pas à une question d’accessibilité pour les personnes « à mobilité réduite ». Sur les 12 millions de personnes en situation de handicap en France, une minorité (382 500 personnes) se déplace en fauteuil roulant et une écrasante majorité (9 millions) souffre d’un handicap invisible : maladie invalidante (sclérose en plaques, fibromyalgie), trouble sensoriel, psychique, cognitif, autisme, etc.

Pour ces dernières, la foule dense qui braille des slogans et lance des fumigènes pendant des heures peut être très difficile à supporter. « Tout cela rend la manif énorme en termes d’énergie dépensée, explique Céline Extenso. Pour ces personnes, les conséquences d’un incident, blessure ou interpellation, vont être beaucoup plus importantes et durer des semaines, voire des mois. L’investissement est énorme, quel que soit le handicap. »

« Si on nous retire la possibilité d’exprimer notre colère dans la rue, il ne nous reste plus grand-chose »

La brutalité croissante de la répression policière n’arrange rien. Odile Maurin, présidente de l’association Handi-social et conseillère municipale dans l’opposition à Toulouse, l’a expérimenté en 2019 lorsqu’elle participait au mouvement des Gilets jaunes. « J’ai été victime de policiers qui ont manœuvré mon fauteuil à ma place et qui m’ont provoqué cinq fractures au pied, raconte-t-elle. J’ai ensuite été accusée de les avoir violentés. » L’activiste a été condamnée à deux mois de prison avec sursis pour violences volontaires. Elle a été jugée en appel le…

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Auteur: Émilie Massemin Reporterre

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