Vous pouvez voir sa tombe au nord de Londres. Parmi quelque cinquante mille autres, son nom se donne au regard du passant. Ses noms, plutôt. Car Mansoor Hekmat est celui qu’il s’est un jour forgé pour méditer, écrire et militer. Un buste surmonte une plaque commémorative. C’est de la pierre et c’est un visage plein, une chevelure garnie et un bout de barbe. « À un grand homme, l’essence de nos vies, l’étoile polaire de mon existence, l’amour de ma vie », pouvez-vous lire sur la plaque en question, gravé en langue anglaise. Et puis deux dates : 1951-2002. Et puis, non loin du tout, la tombe d’un dénommé Karl Marx.
Hekmat a disparu dans l’exil.
Ce fut un jour d’été.
Il aimait la flûte et la guitare.
Le piano et les comédies.
Le natif de Téhéran, fils d’une enseignante et d’un fonctionnaire devenus avocats, s’était opposé au chah puis à la République islamique. Disons-le par l’affirmative : l’homme a toute sa vie désiré une idée – l’égalité. Il lui fallut dès lors s’éteindre loin de sa terre capturée par les forces de l’inégalité.
Une révolution contre-révolutionnaire
1978 – ou 1357, dans le calendrier solaire persan. Le peuple se met debout contre le régime du chah, lequel règne en monarque depuis bientôt quarante ans. Les manifestions et les grèves sont de masse, immenses, dans un pays tout entier espionné par la police politique. Presque tout est bloqué. C’est une révolution qui va s’ancrant et c’est vite un carnage : le chah fait ouvrir le feu sur la rue soulevée. La plupart des personnes tuées appartiennent aux quartiers populaires de la capitale. Les exportations de pétrole sont à l’arrêt. Nombre de soldats vont rallier l’opposition. Mansoor Hekmat, pas même 30 ans, cofonde l’Union des combattants communistes en la fin d’année : sa contribution au mouvement, bien sûr composite. Aux côtés de son camarade Hamid Taghvaie, il…
Auteur: romain romain

