C’est bien connu : en économie, la parole compte, qu’il s’agisse d’un PDG de grande entreprise ou d’un responsable de banque centrale. Dire peut avoir un effet sur le réel. Qu’en est-il du marché pétrolier et de l’un de ses acteurs majeurs, l’Opep ? Quel pouvoir les mots des producteurs de pétrole exercent-ils sur les cours du brut ?
Chaque déclaration de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) est scrutée comme une parole d’or. Les pays membres de cette organisation représentent près de 40 % de la production mondiale et la majorité des réserves prouvées de pétrole. Cela fait de cette organisation un acteur incontournable du secteur. Ses annonces peuvent déclencher d’importantes variations des prix du baril, faire évoluer la facture énergétique des ménages et peser sur l’inflation mondiale.
Mais une question persiste : ces communiqués apportent-ils réellement de l’information sur le marché, ou ne sont-ils qu’un exercice de communication diplomatique destiné à préserver l’image de l’organisation ?
Les communiqués passés au crible
Pour répondre à cette question, nous avons mené une étude visant à analyser plus de 260 déclarations publiées par l’Opep entre 2002 et 2021. Dépassant la simple lecture descriptive de ces communiqués, nous avons utilisé des outils d’analyse textuelle (Structural Topic Models) afin de mettre en évidence les grands thèmes récurrents et leur évolution au fil du temps.
Cette approche révèle que les messages de l’Opep sont bien plus riches qu’on ne l’imagine. Certes, ils traitent régulièrement de prix et de quotas, mais ils couvrent aussi des sujets comme la croissance économique mondiale, la stabilité de la demande et les pénuries, la coopération entre pays et, de plus en plus, ces dernières années, la transition et les politiques énergétiques ainsi que le climat.
L’Opep ne se limite donc pas à parler volumes de…
Auteur: Valérie Mignon, Professeure en économie, Chercheure à EconomiX-CNRS, Conseiller scientifique au CEPII, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

