Le 8 mai 1968, alors que Paris (et bientôt toute la France) voit depuis quelques jours une génération d’étudiants se soulever dans un mouvement aussi inattendu que mal compris, entre dogmatisme marxisant pour les uns et revendications hédonistes pour d’autres, Le Nouvel Observateur, hebdomadaire plutôt intello et de gauche, cherche à saisir ce qui a bien pu piquer la jeunesse de cette « France [qui] s’ennuie (1) ».
Un homme d’âge mûr, cravaté, à l’allure plutôt austère, inconnu de beaucoup de ses lecteurs, fait la une : « L’idole des étudiants rebelles : Herbert Marcuse ». Au lendemain de la mort de celui-ci, fin juillet 1979, André Gorz, théoricien précurseur de l’écologie politique, lui rend hommage dans les colonnes du même hebdomadaire : « Nous sommes tous enfants de Marcuse »…
Herbert Marcuse (1898-1979), ancien élève de Heidegger dans les années 1920 et figure de la Théorie critique, conçue avec ses collègues de ce qui deviendra l’École de Francfort (Max Horkheimer, Theodor Adorno, Oskar Negt, etc.), publie Eros et civilisation en 1955, qui sera traduit chez Minuit en 1973 (par Jean-Guy Nény et Boris Fraenkel). Il y combine une analyse marxiste et sociologique de la société capitaliste en pleine croissance après-guerre à une relecture de Freud.
L’ouvrage est d’ailleurs sous-titré « Contribution à Freud » et concentre son analyse du capitalisme sur une dimension alors délaissée, sinon dénigrée par les marxistes : l’importance des pulsions, du plaisir et du désir, dans le cheminement de l’individu aux prises avec la société de domination capitaliste. Et ce, dans une double approche, puisqu’il montre le rôle fondamental du désir et des pulsions dans les « potentiels » de l’individu, qu’ils soient révolutionnaires ou, à l’opposé, néofascistes.
C’est là que le regard de la philosophe Haud…
Auteur: Olivier Doubre

