Quand Maria Mies entreprend l’écriture de ses mémoires, elle a 76 ans et sait que son cerveau est plein de « taches blanches », des cellules cérébrales nécrosées, signe d’une maladie d’Alzheimer inévitable. Fière de sa vie et de son parcours, elle souhaite par-dessus tout ne pas être dépossédée de son histoire : elle ne veut pas prendre le risque de la laisser aux plumes des dominants – si l’un d’entre eux s’y intéressait. Ce souci de cohérence militante et de transmission aux générations futures résonne avec le nouvel essor de l’écoféminisme ces dernières années. Car cette sociologue marxiste allemande est souvent présentée comme une figure de proue de ce mouvement des années 1970. Mais qui est vraiment Maria Mies ?
Grâce à son autobiographie, Le Village et le monde, nous comprenons à quel point sa vie personnelle et le contexte politique et historique sont liés et tissent les points d’ancrage de sa philosophie. Maria Mies naît en février 1931 à Auel, un village d’une région rurale de l’Allemagne de l’Ouest, entourée de forêts, de champs, de coteaux et de volcans éteints, dans une famille de douze enfants.
C’est en étudiant le patriarcat indien que j’ai découvert le patriarcat allemand.
M. Mies
Un quotidien fondé sur l’autonomie alimentaire grâce à ses parents, paysans, et à la proximité avec les animaux, notamment les vaches dans la grange-étable collée à la maison. Et un ferment non conscientisé de sa pensée autour de la subsistance comme alternative d’avenir au capitalisme, qui signifie que « les humains reprennent le contrôle sur la production de leur propre alimentation, ce qu’on appelle actuellement la souveraineté alimentaire ».
Les impacts de la montée du nazisme et de la guerre infusent sa conscience politique, comme la vie quotidienne d’une Allemagne scindée en deux, mais la sociologue ne…
Auteur: Vanina Delmas
