Paris, reportage
Pressée et épuisée. En cette matinée de décembre, Marie Chureau pousse la porte du troquet sans nous apercevoir. « Oh pardon », dit-elle en enfouissant ses écouteurs au fond d’une poche. Au bout des cils, une pointe de mascara dissimule les traces d’un quotidien à mille à l’heure. « Je dors debout… Je dois avoir une tête terrible. » Le tourbillon des luttes l’a poussée à déserter un temps les bancs de la Sorbonne. À l’approche des partiels, pas d’autres choix que de combler le retard emmagasiné à grand renfort de tasses de café.
En sept ans, la Mayennaise de 23 ans a pris du galon. Anonyme au commencement des marches pour le climat lancées par l’activiste suédoise Greta Thunberg en 2018, Marie Chureau compte aujourd’hui quelques dizaines de milliers de followers sur les réseaux sociaux. « Je me demande bien pourquoi, sourit-elle. Mes vidéos sont un peu schlags. » Toujours est-il qu’elles nous transportent sur tous les fronts de l’écologie politique, des bulldozers de l’A69 aux mégabassines fortifiées des Deux-Sèvres.
Dernier contenu viral en date ? Le 13 septembre, à la Fête de l’Huma. Au bord des larmes, la militante au carré blond et yeux océan témoignait avoir « été plaquée par terre, visage au sol » par trois hommes. Son tort ? Avoir tenté de confronter aux accusations de racisme et de sexisme le capitaine sauveur de baleines Paul Watson, invité d’honneur du festival communiste. « Vraiment, c’est scandaleux, lance-t-elle dans la vidéo visionnée près de 2 millions de fois. On s’est fait tabasser. »
Trois mois plus tard, dans ce bistrot du 20e arrondissement de Paris, une question demeure : « Pourquoi certains tiennent-ils autant à ces vieux idoles blancs ? » Si combattre « des macronistes et des fachos » ne la dérange pas, devoir affronter « ses pairs » la meurtrie. « Nos camarades racisés sont épuisés de…
Auteur: Emmanuel Clévenot

