Il y a des décisions de justice qui referment un dossier. Et il y a celles qui déplacent le centre de gravité de la vie politique. En maintenant Marine Le Pen éligible tout en la condamnant à porter un bracelet électronique, la justice n’a finalement ni empêché sa candidature, ni effacé la condamnation. Elle a produit une situation que personne n’avait véritablement anticipée : la dirigeante du Rassemblement national peut toujours briguer l’Élysée, mais au prix d’une contradiction dont elle est elle-même l’autrice.
Car pendant des mois, Marine Le Pen avait affirmé qu’elle ne serait pas candidate si elle devait porter un bracelet électronique. La voici désormais placée devant ses propres mots. Si elle maintient sa candidature, elle devra expliquer pourquoi ce qui lui semblait hier incompatible avec la dignité de la fonction présidentielle ne le serait plus aujourd’hui. Si elle renonce, elle ouvre une succession dont on peine à croire qu’elle l’avait réellement anticipée, ni souhaitée. Et si elle décidait finalement de se renier pour entrer malgré tout dans la campagne avec un bracelet électronique, les difficultés ne s’arrêteraient pas à cette contradiction. Ses adversaires ne manqueraient pas de lui rappeler ses propres déclarations.
Est-il réellement possible de mener une campagne présidentielle avec un bracelet électronique ?
Au sein même du RN, une telle décision risquerait aussi d’alimenter les frustrations de ceux qui estiment que le temps de Jordan Bardella est venu. Le président du mouvement verrait une nouvelle fois son destin suspendu à une décision qui lui échappe. Mais surtout, une question très concrète se poserait : est-il réellement possible de mener une campagne présidentielle avec un bracelet électronique ?
Symbole puissant
Une élection est aussi une succession d’images. Chaque déplacement, chaque meeting, chaque bain de…
Auteur: Pierre Jacquemain

