Il est 19 heures passées lorsque Marjorie Keters pousse, avec une douceur presque hésitante, la porte d’un salon de coiffure occupé depuis plusieurs semaines boulevard de Strasbourg, dans le 10ᵉ arrondissement de Paris. Des coiffeuses et esthéticiennes, originaires d’Afrique subsaharienne et pour la plupart sans-papiers, ont cessé le travail pour réclamer six mois de salaires impayés et mettre fin à une exposition quotidienne à des produits chimiques sans aucune protection.
Elle tenait à nous y emmener. Même si c’était « son » portrait. Parce que c’est exactement là que se joue ce qui l’occupe : dans ces lieux de travail où s’articulent exploitation sociale et violence environnementale.
Marjorie Keters a 47 ans. Militante CGT, enseignante au Centre national d’enseignement à distance sur un poste aménagé, elle coordonne le Réseau éco-syndicaliste, né en 2021 d’un appel de syndicalistes issus de différentes organisations. Son ambition : retisser un lien entre écologie et monde du travail. « On a oublié que les premières luttes syndicales étaient profondément écologistes, dit-elle d’une voix cristalline, ourlée d’un léger tremblement. Quand les mineurs se battaient contre le grisou, ils se battaient pour leur santé, pour un environnement sain. »
Le réseau s’est construit autour d’une méthode centrale : l’enquête ouvrière. Aller sur le terrain, écouter, documenter. Laisser les travailleurs raconter leur activité telle qu’ils la vivent. « Dans ce salon, par exemple, certaines manipulent des produits cancérogènes, parfois interdits », explique Marjorie après avoir échangé avec Katy, coiffeuse gréviste de 36 ans, enceinte de son second enfant et qui se fait un sang d’encre pour la santé de son futur bébé.
« L’écologie ne peut pas être une affaire abstraite ou descendante. Elle part des corps, de ce qu’on respire, de ce qu’on touche », affirme la…
Auteur: Alexandre-Reza Kokabi

