Dans le dernier Libé des écrivains, l’autrice Esther Teillard signait un article à propos des Parisiens qui débarquent à Marseille prennent leurs clics et une claque. Il a suscité beaucoup de critiques et un peu d’ironie. La mère d’un ami, marseillaise, y voit surtout du mauvais travail.
Naissance Je suis né à Marseille en 1999. Marseille m’a toujours été présentée comme la ville miroir d’une autre ville portuaire que je n’ai jamais vue autrement qu’à travers les mots de ma mère qui y est née et y a vécu quelques années d’enfance et de guerre, par les mots de ma grand-mère qui y est née aussi et y a vécu exactement la moitié de sa vie avant d’en partir — un calcul simple qu’on peut effectuer avec exactitude maintenant qu’elle est morte et qu’on connaît son âge définitif. Donc ma mère est née de l’autre côté de la mer. Elle n’est pas née à Marseille. D’accord ? Elle est arrivée ici, enfant. Elle a grandi ici, dans le quartier de la Capelette. Elle vit rue de Lodi depuis plus de trente ans, dans le même appartement. C’est là que j’ai grandi, avec mes frères et sœurs. C’est là que je vais quand je viens à Marseille pour quelques jours. Parce que je suis parti, maintenant. Mais j’ai grandi là. École maternelle Delphes. École primaire Lodi. Collège et lycée dans le privé à Castellane. Voilà d’où je viens. Voilà d’où j’écris, du coup. Pour que ce soit bien clair. Et j’ai vu les parisiens arriver, à la fin des années 2010. J’ai vu les commerces fermer. J’ai inspecté les travaux pas finis. Les nouveaux restaurants qui ouvraient. Les quartiers de la ville qui étaient en chantier et ceux qui ne l’étaient pas. Les immeubles. Je suis repassé rue d’Aubagne et j’ai pleuré à chaque fois pour les huit. Les huit qui sont morts dans les effondrements, aux numéros 63 et 65. J’ai vu la place se faire renommer « Place du 5 novembre 2018 »….
Auteur: dev

