Étrange, très étrange plaidoyer que celui de Cyril Pasquier, qui croit devoir s’inscrire en faux contre la tribune de Mathieu Poupart, intitulée « survivre à son viol n’est pas “brader sa dignité” ». Le propos de Matthieu Poupart était de pointer que la notion même de « martyre de la chasteté » avait pour effet de « culpabiliser les victimes survivantes ». Ceci est tellement vrai qu’en effet, pendant des siècles et jusqu’à une époque récente il était quasiment impossible à une femme de faire reconnaître par un tribunal qu’elle avait été victime d’un viol, les magistrats ayant tendance à penser – comme l’Église elle-même – que, si la femme n’était pas morte, c’est qu’elle avait été au moins partiellement consentante…
Cyril Pasquier fait semblant de croire que Matthieu Poupart fait une sorte de hiérarchie entre les femmes déclarées saintes par l’Église à diverses époques. Là n’est pas du tout son propos. Matthieu Poupart ne s’attarde pas à soupeser le degré de sainteté des unes et des autres. Il analyse le discours de l’Église sur les femmes déclarées saintes après un viol et un meurtre, et l’effet de ce discours sur les femmes victimes d’agression. En cela, il ne fait que témoigner de ce que lui ont dit de nombreuses femmes victimes d’agression et de viol : « Ces récits nous accusent, nous disent que nous aurions dû mourir pour défendre notre chasteté. »
Cyril Pasquier défend le caractère « scientifique » de la procédure de béatification. J’espère que cette scientificité ne se contente pas de fausses évidences du genre : une vierge est une vierge, un martyr est un martyr, comme il a la naïveté de l’écrire lui-même. Pour reconnaître le sérieux de cette procédure, il serait plus exact de dire qu’elle s’astreint à la même rigueur que toute procédure judiciaire, ce qui est déjà beaucoup.
Une…
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