Marx et la décroissance

Le philosophe japonais Kōhei Saitō, qui publie Moins ! La décroissance est une philosophie (Seuil), propose un nouveau regard sur la décroissance. D’autant plus nouveau qu’il s’appuie sur les travaux méconnus du vieux Marx, qu’il étudie dans le cadre de l’édition complète des « œuvres de Marx et Engels » (MEGA). Déjà, plusieurs auteurs écomarxistes avaient mis en lumière la thèse de Marx selon laquelle « le capitalisme épuise en même temps les deux sources d’où jaillit la richesse : la terre et le travailleur ».

Pour Saitō, Marx a théorisé le métabolisme qui, par le biais de son travail, unit l’homme à la nature.

Mais Saitō va plus loin. Il souligne combien Marx, dans les quinze dernières années de sa vie, a étudié toutes les sciences de son époque, dont les sciences naturelles, et s’est intéressé aux sociétés non encore dévastées par le capitalisme, comme l’Inde et la Russie. Il émet l’idée que, ce faisant, Marx a abandonné sa vision linéaire et eurocentrée de l’évolution historique qui imprégnait ses œuvres de jeunesse (dont Le Manifeste de 1848), et a théorisé le métabolisme qui, par le biais de son travail, unit l’homme à la nature, cette relation que le capitalisme met à mal.

La thèse de Saitō est que, en abandonnant l’idée du développement quasi illimité des forces productives, Marx se serait tourné progressivement vers la décroissance. Non pas vers le mot, inhabituel à l’époque, mais vers un mode de production fondé sur l’association des travailleurs qui seraient en mesure de restaurer les biens communs privatisés par le capital. Prolongeant cette intuition, Saitō récuse les projets de capitalisme vert autant que ceux du « keynésianisme climatique », mais aussi ceux des premiers théoriciens français et européens de la décroissance (sauf Gorz), qui omettaient de mettre en cause le capitalisme et…

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Auteur: Jean-Marie Harribey

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