Bernissart (Belgique), reportage
« Un oiseau qui passe la frontière ne sait pas qu’il est protégé en Belgique, alors qu’en France, il peut devenir la cible. » Jean-François Buslain, directeur de la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux (LRBPO) ne décolère pas devant l’absurdité qui se produit chaque été à la frontière franco-belge. À Bernissart, petite cité minière et frontalière avec la France, 700 manifestants se sont réunis vendredi 21 août pour une « marche funèbre » à travers champs jusqu’à la frontière, en l’honneur des canards tombés sous les coups de fusil des chasseurs français en ce jour d’ouverture de la chasse au « gibier d’eau » dans le département voisin du Nord.
Comme de nombreux oiseaux migrateurs, ces canards ont hiverné, niché ou grandi dans les marais d’Harchies, une zone humide de 550 hectares située à Bernissart — la plus grande zone humide de Wallonie — née de l’extraction minière et gérée par la région wallonne et l’association belge Natagora. Habitués à voler jusqu’aux étangs situés côté français pour manger, de nombreux canards succombent dès qu’ils passent la frontière, chaque année aux alentours du 21 août.
Parmi les palmipèdes tués, on retrouve des canards colverts, mais aussi des canards pilets, des canards chipeaux et des sarcelles d’hiver. Ces espèces ne font pas partie des trois dont la chasse est autorisée en Belgique, mais leurs noms sont inscrits sur la liste des 38 qu’il est possible de chasser en France.
La colère belge
« En 2025, la veille du début de la chasse, 560 anatidés [la famille à laquelle appartiennent les canards, oies et cygnes] ont été évalués. Le lendemain, ils n’étaient plus que 68. Soit une différence de 492 canards en moins sur une période de vingt-quatre heures », indique Alain Malengreau, ornithologue bénévole chez Natagora et membre de la LRBPO.
La situation provoque…
Auteur: Mehdi Laïdouni
