Langon (Ille-et-Vilaine), reportage
Le long de la départementale 59, près de Langon (Ille-et-Vilaine), de vieux chênes déploient leurs branches majestueuses, formant une charpente naturelle au-dessus de la route. Puis soudain, plus rien : sur 200 m environ, les troncs sont coupés, débités à la tronçonneuse. De lourdes branches gisent à terre. Leurs belles ramures mangent la poussière.
Bravant le froid mordant du mois de janvier, quelques riverains se sont donné rendez-vous sur les lieux de l’abattage, autour d’un thermos rempli de tisane fumante. « Ces arbres pluricentenaires ont connu les derniers rois de France, vous imaginez ? » regrette Frédérique, emmitouflée dans des écharpes colorées. Comme plusieurs autres habitants du village breton, la septuagénaire est toujours sous le choc.
La coupe a eu lieu le 7 octobre 2025, raconte Marie-Jeanne Pondard, alias Mija, qui vit à quelques pas du chantier. Ce jour-là, c’est d’abord le blocage de la route qui l’a interpellée. Lorsqu’elle a compris qu’il s’agissait d’abattre tout un alignement d’arbres bicentenaires, elle a prévenu « les camarades », et leur a donné rendez-vous à 8 heures le lendemain, pour empêcher l’abattage.
« On est arrivés avant les bûcherons. On a écrit “Massacre à la tronçonneuse” sur la route, et on a bloqué la circulation jusqu’à midi », raconte Mija en tirant sur sa cigarette.
Ce grabuge a laissé le temps à Thomas Le Campion, naturaliste au Groupe mammalogique breton, une association naturaliste, de venir constater la présence d’espèces protégées dans les arbres. Il a ensuite prévenu la police de l’environnement, l’Office français de la biodiversité, qui a immédiatement suspendu le chantier. Sur les 70 arbres qui devaient être abattus, 50 sont donc toujours debout.
Indices de présence
Ces rescapés doivent leur survie au pique-prune : un scarabée noir protégé, qui a élu…
Auteur: Quentin Bonadé-Vernault, Scandola Graziani

