Massacres au Soudan : garder les yeux ouverts

Les raisons de s’émouvoir d’un monde qui ne tourne pas rond sont déjà si nombreuses qu’on hésite toujours à en ajouter une. Mais comment détourner le regard de ce qui se passe au Soudan ? Comment rester indifférents devant les atrocités qui embrasent El-Fasher depuis une semaine ?

Le 26 octobre, après cinq cents jours de siège, les forces paramilitaires du général Dagalo ont pris cette ville, dernière grande localité de l’ouest du pays qui échappait à leur contrôle. Des milliers de personnes ont pris la fuite avant leur arrivée, mais environ 250 000 y seraient encore prises au piège.

Les rares témoignages qui nous parviennent et les images satellites laissent craindre les réalités les plus brutales : famine, enlèvements, violences sexuelles, exécutions de masse sur des groupes ethniques ciblés, massacres perpétrés jusque dans une maternité. Léon XIV a dénoncé dimanche 2 novembre les « souffrances inacceptables » endurées par la population et appelé à un cessez-le-feu.

Une crise qui s’étend au-delà des frontières du pays

Cette tragédie nous concerne tous. Les victimes ne sont d’aucun camp ; elles sont d’abord nos frères et sœurs, installés sur une terre qui voit se succéder les drames à un rythme infernal depuis au moins vingt ans. Il y a peu d’endroits au monde qui concentrent autant de malheurs dans une telle indifférence.

Et puis, la crise soudanaise s’étend bien au-delà des frontières du pays : les paramilitaires sont soutenus par les Émirats arabes unis, tandis que l’armée régulière reçoit l’aide de l’Égypte, de l’Arabie saoudite ou de la Turquie. Elle représente un enjeu international majeur, d’autant qu’une partition du pays, déjà amputé du Soudan du Sud en 2011, n’est plus à exclure. Or, on le sait depuis longtemps : la chute brutale d’un État n’est jamais sans conséquences. Même de loin, même sans le savoir,…

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