Fin janvier, dans un port breton de la façade Atlantique, rincé par des averses qui se succèdent sans relâche, les quais sont quasi déserts et les ponts des bateaux plongés dans le silence. Sauf un fileyeur d’une vingtaine de mètres, le seul avec de la lumière derrière les hublots d’où s’échappe une musique étouffée. À bord, un mécano portugais, trois marins indonésiens et des kilomètres de filets empilés en gros tas, usés par une longue saison à traquer le merlu, et dont ils reprennent les trous à l’aiguille, méthodiquement.
« On travaille pendant environ six mois à bord, puis on rentre retrouver la famille en Indonésie, puis on revient sur le bateau, et ainsi de suite », résume l’un des Indonésiens, Danga, 33 ans. L’homme s’exprime dans un espagnol rudimentaire, la langue commune pour l’équipage, dont seuls le capitaine et le chef-mécano sont français.
« Il n’y a que nous à habiter sur notre bateau dans ce port. Ça va, mais je préfère quand on travaille en mer, j’ai moins le temps de penser. Et puis ici, en Bretagne, il fait froid et c’est humide », déplore-t-il, le sourire malgré tout. « Le montant du salaire ? Je sais pas trop, tout part direct à la famille, mais c’est bon. Le patron est bien », assure l’homme en faisant un signe du pouce.
Un salaire selon la nationalité du matelot
« De temps en temps, on loue un Airbnb quand ils ont besoin de repos. Il y a carrément pire, ce n’est pas de l’esclavagisme », se défend par téléphone le capitaine, qui a quitté le bateau quelques jours plus tôt pour profiter d’un mois de répit chez lui. « Les Français ne veulent pas bosser ; les Sénégalais, je ne veux pas en entendre parler et les Portugais se font vieux. Il n’y a pas longtemps, un armateur du pays bigouden m’a dit que si on avait eu des Indonésiens comme les miens il y a dix ans, on construirait encore des bateaux neufs aujourd’hui », poursuit-il.
Il reste…
Auteur: Catherine Le Gall, Damien Roudeau, Robin Bouctot

