Dans matinées sans police suivi de guerre, Carmen Diez Salvatierra explore le paradoxe d’ « une existence dans laquelle tu te soustrais », un quotidien bâti de nos renoncements et envahi par des injonctions capitalistes et gouvernementales à gérer nos journées dans une logique productiviste. Une existence dans laquelle on se soustrait est alors une existence désincarnée et mortifère dans laquelle nos corps se traînent sur le chemin du travail ou lors de promenades balisées par les autorisations de sorties. Écrits entre 2018 et 2023, ces textes sont traversés par l’expérience des confinements, des mesures sanitaires et de l’immense douleur ou colère qui en découlent.
Pourtant, les textes de Carmen Diez Salvatierra ne sont aucunement une forme privilégiée de témoignage de l’époque mais plutôt une secousse, une colère et une vive réaction aux formes multiples de liberticides « dans ce temps où ils gagnent toutes les batailles ».
Matinées sans police s’articule en trois parties : « Une nouvelle sentimentalité », « vomir, spéculer, détruire », « bâtir », et est suivi de « Guerre », poème écrit antérieurement, qui clôt le recueil avec fracas. Certains mots, que l’on retrouve dans son précédent texte francophone, 28 formes découpées (2019), sillonnent le recueil : robe, fleur, couverture, langue, corps, toucher, crier, le temps, le réel, asphyxie, néant, guerre. Le lexique poétique de Carmen Diez Salvatierra met en lumière la dimension à la fois existentielle, émotionnelle et politique présente dans son quotidien. De fait, l’univers poétique qu’elle déploie est un univers complexe qui mêle une conscience politique aigüe et une sensibilité certaines aux choses balayées d’un revers de main : « small talk », attente du bus, métro, RER, misère de l’époque et d’un quotidien déformé.
Cette attitude perceptive fait exister dans les textes des questionnements…
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Auteur: dev

