Lorsqu’on observe et commente l’actualité pendant un certain laps de temps, il devient assez facile d’apprendre à prévoir certaines dynamiques qui, inévitablement, finiront par définir l’orientation du débat public.
Par exemple, je sais avec certitude que, si près d’un millier de migrant·es se noient en Méditerranée en à peine deux semaines, nous – les gentils – nous indignerons, peut-être posterons-nous une story sur Instagram, puis l’affaire s’arrêtera là. De la même manière, je sais que si 60 000 personnes descendent dans la rue, il y aura quelques affrontements entre manifestant·es et police et que, indépendamment de leur gravité réelle, cela suffira pour qu’un gouvernement quelconque invoque la nécessité de nouvelles mesures sécuritaires.
Le point de départ de cette réflexion, pour être clair, est la grande manifestation qui s’est tenue à Turin le 31 janvier dernier contre l’expulsion forcée du centre social Askatasuna, depuis près de trente ans l’un des principaux lieux de rencontre et d’organisation de la gauche extraparlementaire italienne.
Mettons les choses au clair : je n’ai aucun intérêt à entrer dans le débat sur la légitimité de la violence politique, ni à répondre à celles et ceux qui, sans aucune honte, vont jusqu’à convoquer la mémoire du pauvre Cossiga – homme politique démocrate-chrétien devenu célèbre dans les années 1970 pour ses méthodes très dures de répression des manifestations – pour soutenir que les « violences » commises dans les rues de Turin étaient le fait d’« infiltrés ». D’autres (en fait, beaucoup trop de gens) s’y sont déjà essayés et poursuivre dans cette voie reviendrait, à mon avis, à passer complètement à côté du cœur du problème.
Raccommoder de vieilles ficelles rhétoriques
Par le passé, des événements de ce type étaient réduits à des déviances liées au malaise juvénile, à une…
Auteur: romain romain

