Arthur Dove. « Foghorns » (Cornes de brume), 1929.
Ça, on ne pourra pas dire le contraire : costumes de bon faiseur, chaussures semi-pointues — et même hoodie, pour les jours canaille ! La street cred, wesh — la Wall Street cred. Matthieu Pigasse porte beau, et en plus il voit loin. Alain Minc, qui a à peu près tout raté dans sa vie, et n’a plus que les évocations pour s’occuper, se souvient avoir reçu le jeune Matthieu, peut-être venu lui baiser l’anneau, en tout cas lui dire son désir de devenir président de la république — comme l’autre fada. Au nombre des fléaux du macronisme il faut donc compter la licence donnée aux banquiers d’affaire de se rêver président de la république. Du capital financier au sommet de l’Etat : un raccourci de l’époque. On sait comment l’autre s’y prit — Matthieu a eu le temps de remâcher sa rancœur. Lui aussi bientôt. Mais par d’autres voies. Pas comme l’usurpateur par le soutien ouvert, unanime, dégoûtant de la presse bourgeoise mobilisée : dans un mouvement plus ample, parti de plus loin, plus « subtil » — qu’on n’aurait pas vu venir.
De loin donc, avons-nous dit. Avec une radio. Qui verrait mèche à une radio ? Bien emballée pourtant, une radio, ce sont des fondations. Par exemple, la bande à Meurice : une dalle de béton. Surtout les enfants, lâchez-vous bien, autant que vous pouvez même, c’est la phase wesh du plan. Disons : la phase chauve-souris de La Fontaine : quand je mitonne une fusion-acquisition, je suis souris, vivent les rats ; maintenant je suis oiseau, voyez mes ailes. Laissez de côté les fees et les deals, écoutez Radio Nova, prenez la mesure de tout ce que je laisse faire et dire, concluez à l’évidence : je suis de gauche, et de gauche un peu mon neveu. Banquier d’affaire, sale étiquette, l’autre ne s’en est jamais défait, je ne ferai pas la même erreur et je ne pleurerai pas le…
Auteur: Frédéric Lordon
