« Mauvaise langue » : quand l’arabe est vécu comme un tabou

Arrivé en France à l’âge de 4 ans avec sa famille, qui fuyait la guerre civile au Liban, Nabil Wakim a « perdu » sa langue maternelle, l’arabe, remplacée par le français. À l’aube de la quarantaine, devenu journaliste au Monde, il tente péniblement de réactiver sa mémoire enfouie et s’interroge sur les raisons de cet oubli et de ce blocage psychologique : est-ce la faute de ses parents, qui n’ont pas cultivé cet héritage par souci d’intégration ? Celle de l’éducation nationale, qui considère l’arabe comme une langue rare et l’enseigne dans seulement 3 % des collèges et lycées ?

La remarquable enquête, qu’il mène avec le réalisateur Jaouhar Nadi, révèle que son cas est loin d’être une exception : même si l’arabe est la deuxième langue la plus parlée en France, avec près de quatre millions de locuteurs, la communauté arabophone est celle qui transmet le moins son patrimoine linguistique. Cette lacune est une source de souffrances pour de nombreux descendants d’immigrés, qui se sentent amputés de leurs racines. « C’est comme si j’avais une demi-identité », déplore la fille d’un chercheur marocain. La comédienne Sabrina Ouazani regrette son incapacité à nouer un lien profond avec sa famille restée en Algérie.

Immense gâchis

La honte à ne pas parler arabe fait écho à celle, plus ancienne, ancrée dans l’inconscient, de s’exprimer dans une langue victime de préjugés. Tour à tour taxée de langue communautaire, de langue des pauvres ou des terroristes, l’arabe pâtit d’une mauvaise réputation intimement liée aux soubresauts de l’histoire contemporaine et au rapport de la France avec ses anciennes colonies.

Elle continue d’être « perçue comme le cheval de Troie de ce grand remplacement fantasmé », se désole Najat Vallaud-Belkacem, l’ancienne ministre de l’éducation nationale, qui tenta en vain d’en « normaliser » l’apprentissage. Mariant…

La suite est à lire sur: www.la-croix.com
Auteur: Cécile Jaurès

Pour l’actu indépendante

🌍 Soutenez l’info libre. Gardez OnePlanète vivant et sans pub
→ ko-fi.com/oneplanetecom

Buy Me a Coffee at ko-fi.com