« Vidéo polémique : un pigeon vivant, attaché à une pancarte lors d’une manifestation de chasseurs, indigne » (Midi Libre, 22/09) ; « Polémique au Prix Goncourt : Camille Laurens soupçonnée de conflit d’intérêt » (Télérama, 22/09) ; « Remplacer la statue de Napoléon par celle de Gisèle Halimi ? La polémique s’empare de Rouen » (Le Parisien, 22/09) ; « Photos privées d’Éric Zemmour : les coulisses de la Une polémique de Paris Match » (RMC, 23/09)
À l’ère de l’info en continu et de ses plateaux de bavardage, les grands médias génèrent des « polémiques » à la pelle, inépuisable carburant de leur fonctionnement autophage. Venu du grec, le terme signifie dès le 16e siècle « disposé à la guerre », « batailleur, querelleur », avant de désigner une controverse, en général par écrit. Dans son Dictionnaire du journalisme et des médias (Presses universitaires de Rennes, 2010), Jacques Le Bohec apporte cette définition : « Dispute publique que nombre de journalistes adorent relayer et attiser. Voire créer parce que c’est spectaculaire et que cela fait vendre, au risque de simplifier outrageusement les enjeux et les problèmes. »
Parfaitement adapté aux normes « guerrières » du flux et des formats médiatiques – pensons aux « débats » sous forme de matchs de catch –, produit de pratiques professionnelles routinières – scruter la « guerre » des réseaux sociaux –, l’usage du terme est devenu totalement performatif : décréter une « polémique », c’est, en soi, faire « advenir » un « événement » dans les médias. Peu importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’ivresse… Une déclaration raciste d’Éric Zemmour sera ainsi jugée « polémique », au même titre qu’un projet de vente de chemins ruraux dans la Nièvre. Un nivellement ordinaire qui concourt, s’il en était besoin, à la dépolitisation ambiante.
Galvaudée à outrance, « la polémique » permet en effet aux médias qui la fabriquent de ne pas avoir à caractériser plus finement le phénomène dont ils parlent, ni de justifier le fait qu’il soit « mis à l’agenda ». Dans le cas de discours racistes et xénophobes (condamnés en justice), parler de « polémique » est un des mécanismes contribuant à la relativisation et donc à la banalisation de l’extrême droite. Dans d’autres cas, « la polémique » fera de propos parfaitement anodins, voire humoristiques… un « scandale » : Sandrine Rousseau, candidate à la primaire de…
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Auteur: Pauline Perrenot, Philippe Merlant, Sophie Eustache Acrimed

