J’évoque ici la vie de quelques habitants, mahorais, comoriens ou congolais, jeunes ou adultes. Et à côté de ces histoires, des réalités départementales qui conjuguent misères et opulence sur une île d’environ 40 km de long et 20 km de large pour la Grande-Terre, prise entre importations de produits de qualités médiocres et multipliés à foison, pollutions, réchauffement climatique, flux migratoires et rêves inaccessibles. Ce texte prolonge ceux parus les 20 janvier et 5 février dernier.
Trois chemises
M’Bae, « né à Madagascar mais 100% comorien » a 75 ans. Né d’un père français, il a vécu aux Comores avant de venir à Mayotte. Sa carte d’identité n’a jamais été refaite, il a un certificat de naissance et de vieux documents non mis à jour. Il avait une petite ferme près de Mamoudzou (capitale de Mayotte), des canards, poules, chèvres, plantations diverses. Des délinquants sont venus se servir plusieurs années de suite jusqu’à ce qu’ils pillent tout et brûlent la ferme, menacent M’Bae et son voisin ; c’était il y a deux ans. Les forces de l’ordre ne sont pas intervenues. Après Chido, il me dit s’être présenté à la Police aux frontières – PAF – pour un retour volontaire aux Comores, mais il aurait été, chose curieuse, refusé à l’embarquement. Alors nous sommes allés un samedi matin à la police nationale pour faire en sorte que la PAF le ramène à Anjouan où il souhaite se recueillir sur la tombe de sa mère et de sa sœur. « Vous nous donnez votre adresse et la PAF vient vous chercher », propose l’agent de police. Et là, M’Bae, pris de panique, quitte précipitamment le commissariat. Je n’ai pas compris sur le moment ; peut-être préférait-t-il à un retour seul sur ses terres la compagnie de cette famille qui l’a recueilli, peut-être a-t-il voulu éviter la venue de la PAF dans le quartier ? Mais bon, les drones survolent souvent la zone, rien n’échappe à…
Auteur: dev

