Samedi 14 décembre, un cyclone est passé sur l’île de Mayotte, département français de l’océan Indien. Habitations, bâtiments publics, réseau d’eau, aéroport, hôpital, routes : rien n’a résisté aux vents qui ont dépassé les 200 km/h. Les images de quartiers entièrement détruits font craindre des pertes humaines particulièrement lourdes. Cette crise majeure se déroule sur un territoire qui, bien avant le passage de Chido, accumulait de nombreuses vulnérabilités et de lourdes défaillances de l’État.
À Mayotte, 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté national et le niveau de vie médian est six fois plus faible qu’en métropole (260 euros par mois). Si la départementalisation (2011) a porté l’espoir d’un développement économique et social pour la population mahoraise, fortement mobilisée pour le maintien de l’île dans le giron français, le département le plus pauvre de France a vu ses attentes déçues.
Depuis une dizaine d’années, Mayotte a connu une succession de crises graves concernant l’eau, l’accès aux soins, la sécurité, les migrations ou encore le logement. Ces crises ont mis en lumière des vulnérabilités qui ne sont pas sans lien avec l’impact matériel et humain provoqué par le cyclone Chido. Ainsi, une importante partie de la population mahoraise n’a pas été en mesure de se protéger – ou n’a pas été protégée – alors que l’événement était parfaitement anticipé par Météo France qui a déclenché une alerte pré-cyclonique plusieurs jours avant l’impact.
La question du logement précaire, au cœur de la catastrophe
La question des logements précaires et de leur gestion par l’État français est au coeur du sujet. À Mayotte, plus d’un quart de la population vit dans des habitations précaires, principalement construites en tôle (appelés localement bangas). Or ces habitats, très peuplés, ont été « entièrement détruits » selon les…
Auteur: Clémentine Lehuger, Docteure en science politique, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

