Face au cataclysme provoqué par le cyclone Chido, l’économie informelle agricole joue un rôle compensatoire. L’île peut compter sur son système agroforestier traditionnel, le jardin mahorais, ainsi que sur des travailleurs informels représentant la grande majorité de la main-d’œuvre agricole. Avec quel avenir ?
Avant le passage de Chido, l’objectif d’atteindre la souveraineté alimentaire à Mayotte d’ici 2030 pouvait déjà sembler trop ambitieux. Après le cyclone, cet objectif paraît désormais utopique. L’attention portée sur le nombre de pertes en vies humaines occulte la situation dramatique de nombreux travailleurs précaires, français ou étrangers, avec ou sans papiers, pourtant essentiels à l’économie informelle de l’île.
Leur sort, incertain, laisse présager un choc considérable pour l’économie de l’île et surtout, pour sa sécurité alimentaire. En effet, la quasi-totalité des productions agricoles est dévastée. La perte des récoltes et la transformation des paysages laissent présager des accaparements opportunistes de terres arables. Elles exacerbent les tensions entre ayant droits et occupants précaires, désorganisant les circuits informels de production, ceci au détriment de la sécurité alimentaire des plus vulnérables.
Mayotte produit plus d’un tiers de sa consommation alimentaire
Comme d’autres économies insulaires isolées et difficiles d’accès, l’économie de Mayotte est particulièrement sensible aux aléas climatiques, notamment en ce qui concerne son agriculture. Lors de son discours de 2017 sur les Assises des outre-mer, le président de la République a insisté sur l’importance de réduire la dépendance alimentaire. À Mayotte, celle-ci s’élevait à 27 % en 2012 et aurait grimpé à 50 % en 2016.
AFD et CIRAD
Auteur: Victor Bianchini, Maître de conférences en sciences économiques, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

