Il devient difficile de feindre la surprise. À mesure que l’extrême droite européenne se coordonne, de Matteo Salvini à Geert Wilders, en France elle parachève sa mue : celle d’une force parfaitement fréquentable pour les élites économiques. Le déjeuner annoncé entre le Medef et Jordan Bardella n’est pas une anomalie, mais l’aboutissement d’un processus ancien. Cette normalisation n’a rien de soudain. Elle s’inscrit dans une stratégie patiente, amorcée bien avant que Marine Le Pen ne tente de dédiaboliser le Rassemblement national. On se souvient que Marion Maréchal fut l’une des premières figures de cette mouvance invitée aux universités d’été du Medef.
Une fraction croissante des élites économiques paraît prête à s’accommoder, voire à s’appuyer, sur des forces autoritaires.
Le symbole était clair : une partie du patronat testait déjà les conditions d’un rapprochement. Ce qui relevait hier d’un risque tactique est devenu une évidence stratégique. Il faut prendre la mesure de ce basculement. Longtemps le Medef a cultivé une distance de façade avec l’extrême droite. Non par conviction démocratique, mais par prudence économique. Dans un capitalisme mondialisé, instable mais ouvert, les outrances nationalistes pouvaient apparaître contre-productives. Ce temps semble révolu. À l’heure des crises, une fraction croissante des élites économiques paraît prête à s’accommoder, voire à s’appuyer, sur des forces autoritaires.
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Dans cette recomposition, Jordan Bardella incarne une figure nouvelle : celle d’un dirigeant d’extrême droite lisse, médiatique, compatible avec les codes du capital. Sa communication, jusque dans la…
Auteur: Pierre Jacquemain

