Médias et travail : le journalisme social en miettes (3/4)

À mesure que les créneaux dédiés à l’enquête sociale se sont amenuisés, la question du travail a été en partie intégrée aux chroniques, émissions et interviews « éco ». De quoi d’emblée orienter le cadrage, a fortiori quand ces émissions invitent majoritairement des patrons.

France Info s’en est fait une spécialité. Nos études portant sur les intervenants de deux émissions économiques différentes parviennent à la même conclusion : à en croire la rédaction, les « personnalités du monde de l’entreprise » à même de pouvoir « exprimer une vision économique » et « apporter un regard sur l’information économique » sont très majoritairement des PDG. Les salariés lambda sont par exemple inexistants dans l’émission « L’éco », présentée par Jean-Paul Chapel. Sur 75 interviews (août 2017-janv. 2018), on dénombrait pas moins de 41 invitations de chefs et cadres ’entreprise, représentants patronaux et acteurs du monde de la finance, pour seulement 3 dirigeants syndicaux. Du côté de « L’interview éco » (oct. 2017-janv. 2018), 38 des 47 interviews étaient accordées à des dirigeants d’entreprise et représentants patronaux, contre 3 à des syndicalistes.

Avec un tel panel, le message est clair : travailleurs, chômeurs et précaires sont mis hors-jeu. « Le parti pris patronal est systématique, renchérit Julien Brygo. En ce moment, beaucoup traitent et interrogent le phénomène de pénurie de main-d’œuvre dans la restauration ou parmi les chauffeurs routiers. « Comment vont faire ces pauvres patrons pour trouver de la main-d’œuvre à exploiter ? Pour pouvoir vendre leur production ? » Ça, c’est le biais permanent avec lequel les grands médias vont traiter l’information sociale. Mais les journalistes oublient quasi systématiquement une question : pourquoi ça fait vingt ans dans ce pays qu’on n’a pas augmenté les salaires ? Quelles sont les conditions de travail dans le bâtiment, dans la restauration ? Ce sont des millions de travailleurs qui sortent de là complètement essorés chaque année. Mais à aucun moment il ne va y avoir de réflexion sur ces conditions de travail. »

Au petit soin pour le patronat

Les journalistes sont au chevet du patronat, prêts à recueillir leurs lamentations : trop de « charges sociales » pour ces patrons qui « créent de l’emploi » et endossent tous les risques. Des risques que subissent les travailleurs, il n’est presque jamais question, alors que le nombre d’accidents du travail s’élève chaque…

La suite est à lire sur: www.acrimed.org
Auteur: Pauline Perrenot, Sophie Eustache Acrimed

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