Début octobre, alors que le mouvement social gagne des centaines d’établissements partout en France, les chefferies éditoriales n’ont d’autre choix que de donner à entendre lycéens et dirigeants syndicaux de jeunesse, toutes et tous mobilisés contre la casse du service public de l’enseignement. Au cours de la semaine précédant la journée d’action du 6 octobre, ces derniers sont invités dans des dispositifs plus exposés que les sous-espaces (et leurs lots de micros-trottoirs) dans lesquels ils étaient jusque-là enfermés. Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante, est par exemple interviewée dans la matinale de RMC (01/10), puis dans celle de France Inter (02/10) aux côtés du président de l’Union syndicale lycéenne (USL), Ryad Rani, qui fut aussi reçu dans la matinale de RTL (30/09). Responsable fédéral de l’USL, Philémon Jouglet Marcus est présent quant à lui dans le « 8h30 » de Franceinfo (04/10). Tous ont également été sollicités par les chaînes d’information en continu, à l’instar de Marius Mesnil, co-secrétaire de l’USL, Nathanaël Combary, président de l’association Renouveau lycéen, ou encore Sofia Tizaoui, ex-présidente de l’USL.
Ces interviews ont-elles été l’occasion de faire entendre la voix des lycéens en mettant un coup de projecteur sur les enjeux structurels qu’ils soulèvent et les revendications de fond qu’ils défendent ? Loin de là… Si tous les entretiens ne sont pas également caricaturaux, les journalistes-intervieweurs y campent généralement un rôle de gardiens de l’ordre, endossant au choix la posture de procureurs – sommant leurs invités de « condamner les violences » (des manifestants) ; d’arbitres partiaux – disqualifiant telle ou telle revendication, généralement au nom de l’orthodoxie budgétaire ; de policiers – exigeant des lycéens qu’ils montrent patte blanche et dénoncent la…
Auteur: Pauline Perrenot
