Au procès des viols de Mazan, les figures du conjoint formidable et du père exemplaire ont souvent été mises en avant par les proches des accusés. Une « stratégie de l’homme parfait », typique des conjoints violents, qui permet aux agresseurs de tromper la vigilance de leur victime et de l’entourage, assurant ainsi leur impunité.
L’affaire des viols perpétrés par Dominique Pelicot et ses co-accusés a donné lieu à une forme de sidération collective face à ce qui a été largement vu comme un insondable paradoxe : celui du « monstre » derrière ce « Monsieur Tout-le-monde ».
Un « Monsieur Tout-le-monde » aimé et estimé de ses proches, au point que les commentaires émis par Gisèle Pelicot sur son mari lors de sa première convocation par la gendarmerie furent d’abord des éloges : il était un mari formidable et un bon père. Les attentions qu’il lui a portées pendant des années n’ont pourtant rien de paradoxal : elles sont l’arme du crime parfait, qui le plaçait au-dessus de tout soupçon.
Isoler, contrôler, dégrader : une stratégie de contrôle bien huilée
Si Dominique Pelicot préparait les repas et les apportait au lit à son épouse, ce n’était nullement par souci d’équité domestique ni par sollicitude, mais uniquement parce que cela lui permettait de la sédater à son insu, tout en façonnant l’image d’un homme exceptionnel.
De même, l’accompagner systématiquement chez le médecin n’était pas une marque d’attention, mais visait à empêcher le corps médical de poser les questions qui auraient pu mener Gisèle Pelicot à s’interroger sur ce qu’elle ingérait – stratégie qui s’est avérée payante. Il l’accompagnait jusque dans le cabinet du gynécologue : il lui fallait en effet éviter qu’une recherche de maladie sexuellement transmissible lui soit prescrite, car cela aurait immanquablement révélé un problème, voire le problème. En accompagnant…
Auteur: Nora Goffre, Sociologue à l’université de Rennes 2, Université Rennes 2

