LES MIRAGES ECOLOGIQUES DU REPORT MODAL
Ce projet d’un autre temps repose d’abord sur une promesse fumeuse, mais enivrante pour les technosolutionnistes qui le soutiennent : celle de voir disparaître des millions de camions de l’A1 grâce à une logistique « multimodale », décarbonée et « respectueuse » de l’environnement par le développement du fluvial. Mais ce qu’on appelle le « report modal » – transfert des flux du routier vers le fluvial – n’est ici qu’un écran de fumée pour rendre le projet acceptable. Les semi-remorques chargés de palettes et de cartons ne transportent pas du tout les mêmes marchandises que les grandes barges, chargées de granulats pour le BTP et de céréales en vrac issues de l’agro-industrie. Les flux routiers et fluviaux, loin d’être interchangeables, sont en fait complémentaires : les bateaux ne peuvent pas se passer des camions. Et non seulement l’intensification du fret fluvial accompagnerait la croissance des flux routiers, mais elle continuerait à mettre à mal le réseau ferroviaire existant, en le concurrençant. Si la volonté des promoteurs du projet était réellement de faciliter le recours au fluvial, ils pourraient revaloriser le réseau existant et faciliter son usage – le canal du Nord existe et est accessible aux bateaux de 800 tonnes. Mais l’objectif du canal Seine-Nord Europe est tout autre : quadrupler le gabarit des bateaux descendant jusqu’aux portes de l’Ile-de-France. Tuer les petits canaux pour faire des autoroutes à bateaux.
UN CHANTIER VORACE : TERRES, EAU ET ARGENT PUBLIC
Si tout le monde doute des retombées du canal, ses dégats sont bien réels. Construire un canal ne consiste pas seulement à bétonner un fleuve existant ou à creuser là où il n’y en a pas. Il faut développer un ensemble titanesque d’infrastructures nécessaires à son fonctionnement : un escalier de gigantesques bassins en béton séparés par sept…
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