Rémi Fraisse, jeune botaniste tué par un gendarme dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, se battait contre la construction d’un barrage pour l’irrigation agricole : le barrage de Sivens, dans le Tarn. Cet ouvrage — abandonné après la mort du manifestant —, tout comme les mégabassines, s’inscrivent dans un modèle agricole du passé, dit Julie Trottier, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de l’irrigation : « Il faut sortir de cet imaginaire sociotechnique qui est porteur de sa propre perte. »
Reporterre — Il y a dix ans, Rémi Fraisse était tué, victime d’un tir de grenade… mais aussi victime d’un conflit exacerbé autour de l’eau. Comment analysez-vous ce qui s’est passé autour du barrage de Sivens ?
Julie Trottier — À Sivens, des imaginaires sociotechniques antagonistes s’affrontaient. D’un côté, on avait des gens, comme Rémi Fraisse, qui pensaient l’eau comme un flux, en interaction avec de multiples formes du vivant — humain et non-humain. De l’autre côté, on avait des personnes, principalement des agriculteurs, qui percevaient l’eau comme une ressource, dans le cadre d’un processus économique. Ces deux imaginaires étaient complètement incompatibles, d’où le conflit. C’est toute l’ambiguïté de l’eau, qui fait partie du vivant mais qui est aussi considérée comme une marchandise.
Depuis, les conflits autour de l’eau se sont multipliés en France — mégabassines, neige artificielle, mise en bouteilles, pollution aux pesticides. C’est devenu un sujet de lutte, à tel point que certains parlent de « guerre de l’eau ». Qu’en pensez-vous ?
À l’échelle mondiale, des recherches scientifiques ont montré qu’il n’y avait pas de guerre interétatique pour l’eau. Au contraire, plus il y a des problèmes d’eau, plus il y a des coopérations entre États. On l’a vu notamment entre l’Inde et le Pakistan, pays régulièrement en…
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Auteur: Lorène Lavocat

