Estelle, Juliette et Aranka ne connaissaient pas grand-chose aux mégabassines, ces grands réservoirs d’eau destinés à l’agriculture intensive, avant d’arriver dans les Deux-Sèvres. Venues pour la manifestation de Sainte-Soline en mars 2023 ou pour raisons personnelles, les unes et les autres ont été gagnées par l’énergie de la lutte, mobilisées par l’injustice de la répression et touchées par le contact avec le territoire. Installées depuis, pleinement engagées dans le mouvement antibassines, elles expliquent pourquoi elles ont décidé de rester.
Estelle : « Quelque chose m’y ramenait irrésistiblement »
Estelle a mis un an à s’habituer à l’absence des montagnes, aux arbres qui perdent leurs feuilles en hiver, à ces horizons du Poitou aplatis par les céréales. En février 2023, elle n’était pas en grande forme : salariée d’une collectivité territoriale aux politiques qui contredisaient ses valeurs, elle gardait « une douleur dans le ventre de ne rien faire contre le péril écologique ».
À quelques vallées de son lieu de travail, une rencontre était organisée à Embrun (Hautes-Alpes) par Bassine non merci !, pour évoquer la seconde manifestation à venir à Sainte-Soline, après celle du 29 octobre 2022. Sur un coup de tête, seule avec sa petite auto, Estelle a traversé la France en deux jours et posé sa valise le 22 mars dans une ferme en wwoofing — où l’on travaille en échange du gîte et du couvert. Celle où elle habite depuis, entre des potagers un peu punks et une mare où papotent des grenouilles.
Arrivée « en dilettante », elle a senti monter la menace sourde de la répression en écoutant vidéos et conférences. La veille de la manifestation à Sainte-Soline, elle s’est rendue à un débat sur les enjeux de l’eau à Melle : « À côté de moi, un gars racontait que sa mère lui avait dit “Adieu !”, comme si elle n’allait jamais le revoir, se…
Auteur: Sylvain Lapoix

