Méganavires de pêche : et si on démantelait ceux qui « détruisent plus qu'ils ne nourrissent » ?

L’Union européenne (UE) débarrassera-t-elle bientôt les mers de ses usines à poissons flottantes ? L’idée est en tout cas mise sur la table, le 29 septembre. Dans un nouveau rapport, l’ONG de défense des océans Bloom propose de « démanteler », d’ici à 2035, les navires de pêche de plus de 33 mètres de long. Ils pourraient être convertis à la recherche scientifique ou mis à la casse.

Ce projet est soutenu par des députés européens des Verts et de la gauche, dont les Français David Cormand et Emma Fourreau. Ils ont déposé des amendements dans ce sens, à l’occasion des négociations du prochain cadre financier de l’Union européenne — qui guidera le budget pour les sept prochaines années.

33 mètres de trop

À l’heure actuelle, l’UE dénombre 638 navires de pêche de plus de 33 mètres de long. À elle seule, la France en compte 66, ce qui la place troisième après l’Espagne et les Pays-Bas. Qualifiés de « méga-industriels », ces bateaux ne pêchent plus, soutient Bloom : ils « contre-pêchent », en sciant la branche sur laquelle leur activité est assise. « Ils détruisent plus qu’ils ne nourrissent », explique Léna Fréjaville, coordinatrice de projets au sein de l’association et corédactrice du rapport.

Le concept de « contre-pêche » a été pensé par l’activiste Claire Nouvian, le philosophe Baptiste Morizot et le biologiste marin de renom Daniel Pauly, à partir des travaux des penseurs Ivan Illich et Leopold Kohr. Farouche critique du gigantisme, ce dernier (qui a reçu le prix Nobel alternatif en 1983) a longuement plaidé en faveur des échelles « humaines », théorisant que toute chose cesse de fonctionner correctement lorsqu’elle devient trop grande. Bloom a voulu identifier où se trouvait ce point de bascule dans le secteur de la pêche.

Le seuil de 33 mètres a été déterminé en croisant plusieurs indicateurs scientifiques. Une étude publiée en 2025…

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Auteur: Hortense Chauvin