Nora Bouazzouni est journaliste et autrice de plusieurs livres sur l’alimentation dont Steaksisme — En finir avec le mythe de la végé et du viandard (Nouriturfu, 2021).
Le 13 janvier, en plein Veganuary, Reporterre a publié un article qui a beaucoup fait réagir sur les réseaux sociaux : près de 600 commentaires rien que sur Instagram. L’article a été accusé de mettre toutes les alternatives végétales dans le même panier, de les diaboliser donc de les dévaloriser. Et ce alors que des études scientifiques ont démontré l’intérêt nutritionnel supérieur de certains similicarnés, même ultratransformés, par rapport à la viande rouge. Quinze jours plus tard, la rédaction a d’ailleurs amendé l’article pour citer l’une d’elles.
Non pas qu’il faille fermer les yeux, au nom d’une juste cause, sur les travers de certains produits végés. Mais les réduire à leur aspect nutritionnel et les associer à un discours anxiogène ne peut être que dissuasif, alors que ces alternatives sont de formidables alliées pour transitionner en douceur vers une assiette moins carnée. L’Organisation mondiale de la santé a classé depuis onze ans la viande rouge comme « probablement cancérogène » pour l’humain et les produits carnés transformés comme « cancérogènes ».
Chez les détracteurs de l’alimentation végétarienne ou végane, deux arguments reviennent comme une petite musique. Le premier convoque l’Histoire : de tous temps, les humains auraient mangé de la viande — beaucoup de viande — et toute la France se nourrissait de rôti de porc ou de bœuf bourguignon six fois par semaine. Cette époque n’a en réalité jamais existé, puisque la consommation de viande est longtemps restée l’apanage des classes dominantes et n’a explosé qu’au moment des Trente Glorieuses. Aujourd’hui, les Françaises mangent en moyenne 85 kilos de viande par an et par personne. C’est deux fois plus…
Auteur: Nora Bouazzouni

