Saint-Lô (Manche), reportage
La lumière froide de février filtre à travers la baie vitrée. Dans le jardin de ce joli pavillon de Saint-Lô (Manche), le vert foncé légèrement bleuté des feuilles de poireaux émerge de la terre sombre du potager. Sur la table basse du salon aux couleurs chaudes, une biographie d’Anne Sylvestre ; sur celle de la cuisine, un bol d’orangettes au chocolat maison. Nicole Poupinet, ancienne éleveuse de 73 ans au visage rond et aux yeux rieurs, est une pionnière dans la lutte syndicale pour les droits des agricultrices. Quatre décennies à batailler sur tous les fronts — et parfois obtenir à l’arraché — un congé maternité, un statut, des groupes de femmes, la parité dans les organisations.
Elle attrape le virus des luttes sociales très tôt. Toute môme, à Saint-Lô, elle trimballe des litres de lait pour la baronne qui fait travailler ses parents — son père comme ouvrier agricole à la ferme, sa mère au ménage. Une enfance à entendre sonner le téléphone installé par la propriétaire et à voir sa mère obligée de se précipiter au château. « Dès qu’un truc ne lui plaisait pas, la baronne nous engueulait. Cette relation de soumission… Je peux dire que c’est cette bonne femme qui m’a rendue syndicaliste. »
Son certificat d’études et un CAP de comptable en poche, la jeune femme se fait embaucher comme secrétaire à Godard, un magasin d’outillage. Avec sa copine Marie-Christine, proche de la CFDT, elle passe ses weekends à écumer les réunions militantes. C’est là qu’elle croise Patrice, qui deviendra le compagnon de sa vie et de ses luttes. Il est alors ouvrier agricole et proche du courant des paysans-travailleurs, opposés à l’orientation productiviste du syndicalisme agricole majoritaire dominé par la FNSEA.
Son combat d’alors, c’est d’aider les parents de son meilleur ami, un couple de fermiers expulsés de leur ferme du jour au lendemain….
Auteur: Émilie Massemin

