Sur les bords de la Sélune (Manche), reportage
« Tu n’as pas entendu quelque chose ? » Il est 2 heures du matin. En contrebas du pont de la Roche sur la Sélune, à Saint-Laurent-de-Terregatte (Manche), Émilie Guillard, fondatrice et salariée de l’association Nature en baie, se redresse dans son fauteuil de camping et tend l’oreille. Difficile de percevoir un autre bruit que celui du courant de ce petit fleuve turbulent, qui joue autour des piles de l’édifice. Ah, si, un plouf. Ragondin ? Poule d’eau ? « Tiou… tiou… tiou… » Au loin, un crapaud accoucheur lance son chant flûté. « Allons voir là-haut », décide la naturaliste amatrice. La nuit respire, la brume monte en nappes à la surface de l’eau et les herbes hautes couvertes de rosée mouillent nos bas de pantalon. Appuyées sur le garde-corps, on jette un coup d’œil éclairé de nos frontales à la rivière. Rien.
« On ne la voit pas, elle reste dans les zones profondes »
Ce que nous cherchons, c’est la grande alose (Alosa alosa). Ce beau poisson argenté, qui peut atteindre 70 cm et plusieurs kilos, vit en mer mais remonte les fleuves pour s’y reproduire au printemps. Il pourrait être revenu dans la Sélune après l’effacement des barrages de Vezins et de La Roche-qui-Boit. Achevé entre 2020 et 2023, ce projet de restauration écologique de cours d’eau a permis de rouvrir près de 90 km de rivière aux poissons migrateurs. Il est suivi de près par l’Inrae, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, à travers le programme scientifique Sélune, lancé en 2012. Les premiers suivis ont montré un retour très rapide pour les saumons atlantiques, les lamproies marines et les anguilles européennes.
« La grande alose n’était pas ciblée, car les membres de l’Inrae ne s’attendaient pas à en trouver, raconte Maxime Potier, de l’association Seine-Normandie Migrateurs….
Auteur: Émilie Massemin

