Ménages surendettés : comment la France a changé de philosophie

« Que faire du crédit, sinon le risquer ? »

La question posée par Jean-Paul Sartre dans Le Diable et le Bon Dieu en 1951 illustre bien la problématique qui anime chaque « homo consumericus » que nous sommes, contraints par notre pouvoir d’achat mais poussés aussi par notre vouloir d’achat et les tentations fortes de la société de consommation. L’offre de biens et services, et de crédits pour les financer coûte que coûte, est toujours plus abondante.

L’endettement est utile pour financer un logement ou un équipement coûteux, tant que l’équilibre entre les intérêts (ou charges financières) et le « reste à vivre » est assuré et que l’information est précise pour l’emprunteur. Néanmoins, à chaque époque, les situations de surendettement ont constitué un enjeu socio-économique majeur. Au niveau individuel d’abord, la situation est souvent associée à un sentiment d’échec et de honte qui pousse certains à ne pas en parler autour de soi, voire à ne pas même solliciter l’aide des pouvoirs publics.

Au niveau collectif ensuite, le sort réservé aux surendettés au travers des âges est un indicateur utile pour comprendre le rapport des hommes au matériel et aux plus faibles. Dans l’antiquité, tout débiteur indélicat devenait l’esclave de son créancier qui détenait sur lui droit de vie ou de mort. Au Moyen-Âge, la dette devient synonyme de faute et de péché et conduit à l’emprisonnement et au déclassement social. L’ère contemporaine voit la distinction entre la faillite d’entreprise et la faillite personnelle s’établir clairement, et l’on s’étonnera certainement que, jusqu’en 1989 et la loi dite « Neiertz », il n’existait en France aucun mode organisé de traitement et de protection des personnes surendettées.

En 2023, dans un contexte inflationniste et alors que les séquelles de la crise sanitaire se font encore ressentir, la Banque de France a enregistré

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Auteur: Ydriss Ziane, Maître de conférences de Finance, IAE Paris – Sorbonne Business School