Rio de Janeiro (Brésil), correspondance
« Un jour historique pour le multilatéralisme. » L’accord entre l’Union européenne et le Mercosur n’avait pas encore été officiellement ratifié, le 9 janvier, que le président brésilien Lula da Silva, grand défenseur du traité, se réjouissait déjà. Dans son sillage, suivaient d’autres déclarations enthousiastes, comme celle de l’Association brésilienne des producteurs de soja (Aprosoja), qui saluait « une grande avancée pour le Mercosur » (Brésil, Argentine, Bolivie, Paraguay et Uruguay). Car, outre-Atlantique, le grand gagnant de cet accord qui doit être ratifié le 17 janvier, après plus de vingt-cinq ans de négociations, est bien l’agronégoce brésilien, à qui le géant sud-américain doit son statut de premier exportateur mondial de soja, de viande bovine ou de jus d’orange.
Une véritable manne financière, obtenue au prix d’innombrables sacrifices écologiques : principal émetteur de gaz à effet de serre du Brésil, le secteur était également responsable de près de 97 % de la déforestation enregistrée dans le pays entre 2019 et 2024, selon le réseau Mapbiomas. Alors que l’Institut d’enseignement et de recherche (Insper) de São Paulo estime que, grâce à l’accord, les exportations agricoles vers l’Europe devraient augmenter de 2 à 7 %, le risque environnemental paraît évident.
« La signature de cet accord provoque une demande en direction d’activités historiquement liées à la déforestation », certifie Priscilla Papagiannis, coordinatrice du groupe de travail climat et environnement du Réseau brésilien pour l’intégration des peuples (Rebrip).
En 2020, un rapport remis au gouvernement français estimait que la hausse de production de bœuf dans la région provoquerait la perte d’environ 700 000 hectares de forêt, équivalant à l’émission de 471 millions de tonnes de CO2 en six ans — des chiffres probablement…
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