Mères des quartiers populaires : « Nous vivons la peur au ventre »

Samira, 50 ans, mère de 4 enfants, Strasbourg

Nous, les mamans, on y pense tous les jours. Quand j’étais petite, mes parents nous disaient déjà, à mes sœurs et frères et moi : « Faites-vous petits, ne vous faites pas remarquer. Si tu vois une bagarre, change de trottoir. » Cette peur a toujours existé, mais aujourd’hui c’est encore pire. Et maintenant, ce sont ces mêmes réflexes que je transmets à mes enfants. Inconsciemment, cette peur, on la leur passe. On apprend à nos garçons à éviter certains endroits, à rentrer tôt, à faire attention à comment ils s’habillent…

On a plus peur pour eux que pour les filles, parce que les premières cibles des violences policières, c’est eux. Pendant les émeutes, j’avais la boule au ventre chaque fois que mes enfants sortaient. Je leur répétais : « Tu vas à l’école et tu ne traînes pas. » C’était école-maison, maison-école, tous les jours. Les gens doivent comprendre ce qu’on vit. Quand on est noir, arabe, quand on porte un voile, une barbe, qu’on habite un quartier populaire, qu’on porte un jogging, des Tn (1)… la vie n’est pas la même. Le quotidien n’est pas le même. Je vis avec la peur qu’un jour le téléphone sonne et qu’on m’annonce le pire.


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Fatiha, 50 ans, mère de 3 enfants, Saint-Denis

Ce qui m’inquiète le plus, c’est que parfois des jeunes sont contrôlés de manière injuste et violente, alors qu’ils n’ont rien fait. Je le dis souvent à mes enfants : faites attention à ce que vous faites, choisissez bien vos fréquentations, ne suivez pas les autres sans réfléchir. Je suis plus stricte sur les horaires de sortie, je veux qu’ils rentrent tôt.

Je pense souvent à Zyed…

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Auteur: Kamélia Ouaïssa

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