Jusqu’à une époque récente, on trouvait peu de femmes dans les métiers de la navigation. Elles ont pourtant joué un rôle croissant dans la marine marchande de la première moitié du XXe siècle, en particulier dès qu’il s’agissait de prendre soin des passagers. C’est donc d’abord par le statut de « gens de mer non marins » que les métiers maritimes se féminisent.
Des femmes sont employées à bord des paquebots dès les années 1850 comme matrones pour encadrer les émigrants, puis affectées à des tâches domestiques qui leur sont traditionnellement réservées à terre (femmes de chambre, blanchisseuse, infirmière, nourrice, manucure). Le tournant du siècle voit la marine marchande offrir davantage d’espace et de luxe à une clientèle non plus nécessairement migrante, mais riche et temporairement nomade, pour le plaisir ou pour les affaires. Les compagnies maritimes s’adaptent et emploient davantage de femmes sur les paquebots, notamment en Première classe. Le phénomène s’accentue encore avec l’essor d’un tourisme maritime d’abord tourné vers la clientèle aisée.
(Collection privée)
La mobilité comme projet de vie
Merle Clarke Sproull profite de ces développements. En 1934, une dépêche d’Associated Press (AP) reprise dans de très nombreux journaux à travers les États-Unis rend compte du quotidien et des responsabilités de cette « directrice de la socialisation » à bord des navires. La titraille de l’article est révélatrice du caractère exceptionnel et émancipateur de sa profession : « Une femme visite les quatre coins du monde pour son travail » et « Ici aujourd’hui, partie demain, une Californienne touche 40 pays par an ». Le portrait dit peu de…
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Auteur: François Drémeaux, Enseignant-chercheur en histoire contemporaine, Université d’Angers

